L’enfant toxique!

On le connaissait cancre, turbulent, désobéissant. Il était devenu roi, et même tyran parfois. Certains, dans nos écoles, le surnomment tourbillon ou même cyclonique. Vous avez aimé? Vous en redemandez? Alors, réjouissez-vous, voici… 

J’écris ce billet à la veille d’Halloween, mais mon sujet n’a rien à voir avec la tradition nord-américaine bien connue, attendue de tous les mômes amateurs de déguisements et de bonbons. Au contraire! Pourtant, un auteur bien connu d’ouvrages sur la psychologie enfantine a osé ce mot glaçant il y a quelques semaines. En sortant son dernier ouvrage L’enfant toxique. À qui la faute? Comment s’en sortir?, Philip Jaffé jette un gros pavé dans la mare du politiquement correct. 

Que se passe-t-il? A-t-on perdu la tête? Depuis quand la génération montante se retrouve-t-elle à ce point sous une lumière crue, inquiétante? Où sont passés tous les clichés rassurants sur la fraîcheur et l’innocence enfantine? Allô, maman, bobo… Permettez-moi de laisser ce livre de côté (je n’ai pas encore eu le temps de le lire), et de revenir à une réalité scolaire bien plus quotidienne. Depuis un certain nombre d’années, on sent naître dans nos écoles une tension grandissante, en particulier dans les classes du cycle 1. De plus en plus souvent, on entend parler de jeunes enfants qui, à 6 ans déjà, voire plus tôt, «dysfonctionnent», perturbent la classe, se montrent ingérables, intenables, malpolis, parfois violents avec leurs camarades et même leurs enseignant-e-s. «Lorsque j’ai commencé ma carrière, me disait une institutrice à la veille de sa retraite, on donnait des leçons d’éveil aux classes des petits, qui n’osaient parfois même pas ouvrir la bouche devant leur maîtresse. Aujourd’hui, après quarante ans de carrière, je passe le plus clair de mon temps à essayer de les calmer.» Que se passe-t-il? À qui la faute? Prenez une classe bien agitée. Emmenez-la quelques jours en camp vert à la campagne. Donnez-lui du temps pour rire, courir, jouer, crier en plein air. Supprimez les écrans, la nourriture malsaine, le stress scolaire. Vous verrez en quelques jours s’opérer une transformation étonnante chez les élèves1. Puis retournez à la vie quotidienne… et les problèmes reviendront au galop. 

Eh oui, une partie de la problématique est réellement exogène. Sans nier les difficultés de tous ordres qui affectent certains de nos élèves, j’ai la forte impression que si parfois leurs comportements peuvent empoisonner notre quotidien, c’est la société tout entière qui devrait s’interroger. Quels sont les dégâts réels provoqués chez les plus jeunes par la chimie dans l’alimentation, la pollution de l’air de nos villages, le brouillage des ondes électromagnétiques, la sinistrose qui affecte nos médias? L’augmentation continue des allergies alimentaires et des maladies psychosomatiques n’a-t-elle vraiment pas de lien direct avec notre mode de vie actuel? 

Alors oui, M. Jaffé, occupons-nous de nos enfants en souffrance, et de leurs parents épuisés et déboussolés. Mais réagissons aussi en tant que citoyens! Avant que notre civilisation post-moderne ne devienne elle-même… toxique! 

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